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LA MONTURE K DANS LE MONDE SOVIETIQUE

Une histoire personnelle par Val.Ou

samedi 12 février 2011, par Jean-Loup Princelle, Jean-Yves Baudrin, Valia Ouvrier

A la charnière des années 30 la photographie prend le grand tournant de la miniaturisation.
Un ingénieur de génie, Oscar Barnack, part d’une idée simple : faire entrer dans un boitier qui tient dans la main un bon obturateur utilisant de la pellicule cinéma 35mm, un bon viseur et un télémètre précis. Il y parvient, en 1930, c’est la naissance du Leica I qui rendra la marque célèbre dans la monde entier et surtout laissera une empreinte indélébile dans l’histoire des appareils photographiques.

Après la guerre les Alliés supprime la protection des brevets industriels allemands en guise de sanction(*). Les copies de Leica fleurissent dans le monde entier.

Un ingénieur italien, Telemaco Corsi, crée le Rectaflex, copie du Leica qu’il dote d’un pentaprisme, d’un stigmomètre et surtout d’une monture à baïonnette. Son trait de génie, c’est de concevoir une grande monture, une fois et demi plus grande que toutes les baïonnettes de l’époque.
Hélas, c’est un ingénieur de génie, mais un piètre commerçant ; il fait faillite en 1953.

Des japonais viennent en Italie et rachètent le brevet. Ils viennent de chez Asahi et Nikon.

Cela donnera la baïonnette K et la baïonnette Nikon, similaire, mais qui tourne dans l’autre sens . Les deux seules baïonnettes qui ont supporté sans problème l’arrivée des GA et UGA rétrofocus, le passage à l’autofocus, l’apparition des contacts électriques de plus en plus nombreux, des moteurs internes aux objectifs... depuis 40 ans.
Les ingénieurs russes, très vite, considèrent la baïonnette K comme la référence. Elle devient pour eux une sorte de mythe. Et, dès que le brevet Pentax tombe dans le domaine public, s’en emparent pour en doter leurs Zenit, le Zenit automat et suivants... et les objectifs.

Ce seront des objectifs K, type M, qui peuvent s’utiliser sur les boitiers Pentax argentiques et numériques.

Dans les années 60, j’apprenais le russe et j’ai fait beaucoup de séjour en URSS. Je faisais déjà de la photographie et un point m’a frappé immédiatement : la photographie occupait chez les Russes une place importante ; je rencontrais régulièrement des gens avec un appareil à la main, plus qu’en France. Un deuxième point suivait très vite : les appareils photos que l’on voyait dans les mains des adultes étaient des Leicas. A y regarder de plus près, ce n’était pas de Leicas, mais des FED et des Zorkis et aussi des Zenit, sortes de Leicas avec un pentaprisme.
J’avais alors un Focaflex , superbe appareil, on dirait maintenant un bijou, mais affligé d’un 50mm fixe. J’ai vite craqué pour un appareil russe, un Start, un Zenit reflex à viseur interchangeable : prisme ou viseur de poitrine, type Rolleiflex. On suivi les objectifs : Mir-1, Taïr-11, vissant 39mm, futs en aluminium massif, primés à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. A l’époque la réalisation mécanique était soignée. Tout cela supportait sans problème la comparaison avec les cousins occidentaux.
J ’apprenais le russe et je faisais de la photo ; j’ai rapidement fait connaissance avec pas mal de photographes russes professionnels. C’étaient des gens qui connaissaient la Photo, l’histoire, la technique, les grands photographes d’ailleurs, de pays où ils n’iraient jamais, qui savaient comment on choisit un bon objectif, pourquoi il est bon, qui connaissaient les lois de l’optique. Et là j’ai découvert le fascination qu’exerçait la baïonnette K.
Cette baïonnette qui avait failli devenir La BAÏONNETTE UNIVERSELLE. Celle qui aurait permis de monter n’importe quel objectif de n’importe quelle marque sur n’importe quel boitier ! Cela faisait rêver les Russes.

Puis est arrivé le temps des Japonais, je suis passé à Pentax ; grâce au LX, parce qu’on ne quitte pas comme ça un boitier à viseur interchangeable, et j’ai « retrouvé » la mythique baïonnette K.

Mais je n’ai pas abandonné mes copains soviétiques (ils n’étaient pas tous russes) et les objectifs aux noms cosmiques Hélios, Jupiter, Véga, Orion...
Quand le brevet Pentax de la baïonnette K est tombé dans le domaine public, immédiatement Zenit l’a utilisée et a commencé par la mettre sur son boitier phare et à produire des objectifs. J’ai même été tenté par le Zeit automat, mais derrière le LX, il fallait s’aligner, j’avais jugé le LX supérieur au Nikon F3, ce n’était pas pour « descendre » au Zenit.
Par contre les objectifs m’avaitent laissé des souvenirs d’une autre trempe. Et mes copains moscovites allaient m’aider à devenir l’heureux propriétaire des objectifs qui suivent :

Le Zenitar 2,8/16mm fish-eye

Le Zenitar 2,8/16mm fish-eye était en vente à la boutique de l’Usine Zenit à Krasnogorsk dans la première moitié des années 80 : 50 roubles, autant dire rien (500FF au change légal).
L’équivalent occidental (japonais) à l’époque coûtait 3 fois plus cher, ils se ressemblaient comme des frères... Sur le LX ou plus tard le Z1 il faisait des merveilles. Je lai toujours, même si le bouchon tient mal, le défaut à été corrigé sur la deuxième série par un ajout de cannelures à l’intérieur des deux petits becs au dessus et au dessous de la lentille frontale.

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Zenitar 16mm f2,8 et MIR 46 35mm f1,4

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New York 1

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New York 2

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New York 3

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New York 4

Ce 16mm est évidemment beaucoup plus intéressant en 24x36 qu’en APS-C.

Le VarioZenitar K 2,8-3,5/25-45mm

Le VarioZenitar K 2,8-3,5/25-45mm comme pour le fish-eye, en vente à la boutique Zenit : 300FF.
Un très bon objectif, compact, piqué, bagues de zoom et de MAP séparées. Parfait pour le reportage et le voyage.Seul défaut : très large lentille avant très exposée, pas de pare-soleil, filtre UV fourni fixé par clipsage sur la gorge extérieure du fût avant pour éviter tout vignetage (photo de gauche), pas commode.

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VarioZenitar K 2,8-3,5/25-45mm

L’ APO-TELEZENITAR 4,5/300mm.

Fin des années 80, au salon de la photo à Paris, un des ingénieurs de KMZ (Zenit) me prend à part et me sort d’un sac plastique un gros cylindre noir et me demande si ça m’intéresse. C’est un prototype me dit-il. C’était un 300mm APO en monture K. 500 FF. Je n’ai pas hésité une seconde. A l’évidence retravaillé à partir du Taïr 3A, emblèmatique téléobjectif conçu par Maksoutov, le père des téléobjectifs à miroirs du système qui porte son nom, c’était un objectif bien fini, bague de MAP fluide et précise.
J’ai fait de la chasse photo avec un ami nikoniste équipé du 4,5/300mm Nikon, mon Télézenitar donnait des résultats aussi bons.
Douze ans après, je l’ai remplacé par le Pentax F*4,5/300mm, je n’ai pas noté de mieux avec, sauf pour le poids, le gabarit et l’AF, bien sûr.
A ma connaissance, il n’a jamais été produit en série.

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APO-TELEZENITAR 4,5/300mm.

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Arbres - APO-TELEZENITAR 4,5/300mm.

Le Mir 46MK 1,4/35mm

Et puis Le Mir 46MK 1,4/35mm. Alexandre Slioussariev, très grand photographe, pas vraiment dans la ligne officielle donc inderground, magicien du noir et blanc, passé à la couleur, puis au numérique avec le même bonheur, jonglant avec un Fuji 6x9 comme avec un 24x36, un monument de regard sur le réel, d’humour, de talent tout court, prématurément disparu en 2010.
Si vous passez au MOMA, vous pourrez voir quelques unes de ses photos...
Alexandre donc me propose un soir un 35mm, un prototype, un peu... rude, mécaniquement.
100 $, ça lui rendait service... Je l’ai toujours, outre ses qualités c’est une pièce de musée...

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K-x et Mir 46MK 1,4/35mm

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LX et Mir 46MK 1,4/35mm

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Lille au Mir 46MK 1,4/35mm

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Tea Time au Mir 46MK 1,4/35mm

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Première Page au Mir 46MK 1,4/35mm

Les autres objectifs K produits par Zenit

Les autres objectifs K produits par Zenit se partagent en 2 catégories :
les objectifs « courants » : l’Hélios 44K 2/55mm, le standard des Zenit K, un Hélios que beaucoup de pentaxistes connaissent et utilisent en M42
les Rubinar K, 500mm catadioptriques en f:8 ou f:5,6, des bons 500, compacts et légers, mais des catas ... et de finition assez plastique.
les objectifs mentionnés par Jean Loup Princelle dans son ouvrage « The authentic guide to Russian and Soviet Cameras », la bible dans ce domaine.
les Variozenitar K 2,8/35-100mm (1985) et 2,8-3,5/35-70mm (1991)
le Granit 16K 56,/200-500mm (1986) qui n’ont probablement existé que sous forme de prototypes.
Conçus alors que l’autofocus était déjà installé sur le marché ils étaient condamnés, tout comme la production photographique soviétique et européenne en général l’était par l’électronique japonaise. Seuls les îlots d’exception ont résisté ; Leica, Hasselblad, Silvestri ...

Avec mes remerciements à Jean-Yves Baudrin pour les photos du 25-45 et du 300,
et à Jean-Loup Princelle pour les précisions historiques sur l’aube de la baïonnette K.

Portfolio

2 Messages

  • LA MONTURE K DANS LE MONDE SOVIETIQUE Le 6 août 2015 à 19:21, par Dee

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  • LA MONTURE K DANS LE MONDE SOVIETIQUE Le 10 octobre 2015 à 21:10, par Brandie

    At this time it appears like Expression Engine is the top blogging platform out there right now. (from what I’ve read) Is that what you are using on your blog ?

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